Croustillants à l’extérieur, fondants à l’intérieur, parfumés au nuoc mam et aux herbes fraîches — les nems vietnamiens font partie de ces plats qui semblent intimidants mais qui se maîtrisent parfaitement à la maison. Pas besoin d’un wok de restaurant ni d’ingrédients introuvables : une bonne farce bien assaisonnée, des galettes de riz de qualité, une double friture bien contrôlée, et le résultat est bluffant. Cette recette, je l’ai testée des dizaines de fois en m’inspirant des techniques apprises dans les marchés de Hanoï et les cuisines familiales vietnamiennes. Voici la version que je fais chez moi, et que vous pouvez reproduire avec une cuisine parisienne standard.
- ⏱ Temps de préparation : 1 h (+ 1 h de séchage minimum, idéalement une nuit)
- 🍳 Temps de cuisson : 15 min (double friture)
- 🥢 Nombre de portions : 20 à 22 nems
Ingrédients
🥬 Galettes de riz (base extérieure)
| Ingrédient | Quantité | Remarques |
| Galettes de riz rondes | 20 à 22 pièces | Diamètre 22 cm, 100 % farine de riz |
Important : choisissez des galettes à base de farine de riz pure, sans tapioca. Celles avec tapioca ont tendance à devenir trop collantes ou à éclater à la friture.
🥩 Protéines
| Ingrédient | Quantité | Remarques |
| Porc haché | 500 g | Poulet haché possible en alternative |
| Blanc d’œuf | 1 | Sert de liant — remplaçable par 1 c. à soupe de fécule de maïs |
🥕 Légumes et garnitures
| Ingrédient | Quantité | Remarques |
| Carotte | 1 (moyenne) | Râpée finement |
| Pousses de haricot mungo (soja) | 100 à 150 g | Coupées en deux et bien essorées |
| Oignon blanc | 1 | Émincé finement |
| Ail | 2 gousses | Hachées |
| Coriandre fraîche | 0,5 botte | Hachée — optionnelle mais recommandée |
🍄 Ingrédients secs à réhydrater
| Ingrédient | Quantité | Préparation |
| Champignons noirs séchés | 10 à 50 g | Tremper 1 h dans l’eau froide, rincer, essorer, émincer finement |
| Vermicelles de riz (ou de haricot mungo) | 50 g | Tremper 20–30 min, couper en morceaux de 5 cm |
🧂 Assaisonnements
| Ingrédient | Quantité |
| Sauce nuoc mam (sauce poisson) | 1 à 2 c. à soupe |
| Sel | 2 pincées |
| Poivre blanc | 1 c. à café |
| Sucre en poudre | 20 g (selon goût) |
🍳 Friture
| Ingrédient | Quantité | Remarques |
| Huile d’arachide (ou pépins de raisin) | 1 L | Point de fumée élevé et goût neutre — idéale pour la friture |
Préparation
Étape 1 — Réhydrater les ingrédients secs
Commencez par plonger les champignons noirs dans un bol d’eau froide ou tiède pendant 1 heure complète. Leur texture doit devenir souple et légèrement gélatineuse. Après réhydratation, égouttez-les soigneusement, rincez-les sous l’eau claire pour éliminer toute impureté, puis essorez-les à la main. Émincez-les ensuite en fines lamelles — l’éminçage fin est important pour une farce homogène et pour éviter que de gros morceaux ne percent la galette.
Dans un autre bol, faites tremper les vermicelles de riz (ou de haricot mungo) dans de l’eau froide pendant 20 à 30 minutes. Ils doivent devenir souples et translucides. Égouttez, puis coupez-les en morceaux de 5 cm environ à l’aide de ciseaux de cuisine. Des vermicelles trop longs rendraient le roulage difficile et la farce moins agréable en bouche.
Étape 2 — Préparer les légumes et aromates
Pendant que les ingrédients secs réhydratent :
- Râpez finement la carotte — une râpe fine donne une texture plus agréable que la grosse râpe.
- Coupez les pousses de soja en deux et essorez-les très soigneusement dans un torchon propre. L’humidité résiduelle dans les légumes est l’une des causes principales d’éclatement des nems à la friture.
- Émincez finement l’oignon blanc, hachez les 2 gousses d’ail et ciselez la coriandre fraîche si vous l’utilisez.
Étape 3 — Préparer la farce
Dans un grand saladier, réunissez tous les éléments :
- Le porc haché (500 g)
- La carotte râpée
- Les pousses de soja essorées
- L’oignon émincé
- L’ail haché
- La coriandre (si utilisée)
- Les vermicelles coupés
- Les champignons noirs émincés
- Le blanc d’œuf (ou la fécule de maïs)
Ajoutez ensuite l’assaisonnement : 1 à 2 c. à soupe de nuoc mam, 2 pincées de sel, 1 c. à café de poivre blanc et 20 g de sucre. Le poivre blanc, moins piquant que le noir, est très utilisé dans la cuisine vietnamienne — il apporte une chaleur douce et aromatique.
Mélangez à la main pendant 2 à 3 minutes pour obtenir une farce liée, homogène et légèrement collante. Le contact de la main permet de ressentir la texture et d’assurer une liaison bien uniforme — bien plus efficace qu’une spatule. Goûtez si vous le souhaitez (en petite quantité), la farce doit être relevée, légèrement sucrée-salée, bien parfumée.
Étape 4 — Confectionner les nems
C’est l’étape qui demande un peu de pratique, mais qui devient vite intuitive. Préparez votre plan de travail : un grand bol d’eau chaude (ou tiède), un torchon propre et humide étalé à plat, une planche à découper, et une plaque recouverte d’un film alimentaire ou d’un torchon sec pour poser les nems.
Procédez ainsi pour chaque nem :
- Plongez une galette de riz dans l’eau chaude pendant 5 à 10 secondes seulement — elle doit être souple mais pas détrempée. Elle finira de ramollir sur le torchon.
- Posez-la à plat sur le torchon humide.
- Déposez 2 cuillerées à soupe de farce en bas de la galette, en formant un boudin compact d’environ 8 cm de long.
- Rabattez les bords latéraux (gauche et droite) vers le centre, en les pliant par-dessus la farce.
- Roulez fermement vers le haut en serrant légèrement pour chasser l’air — un nem avec de l’air à l’intérieur risque d’éclater à la friture.
- Humidifiez légèrement le bord final de la galette avec un doigt mouillé pour le coller et fermer le rouleau.
- Posez le nem sur la plaque sans qu’il touche les autres pour éviter qu’ils ne collent ensemble.
Répétez l’opération pour les 20 à 22 nems.
Étape 5 — Séchage : étape indispensable
Laissez sécher les nems à l’air libre pendant au minimum 1 heure. L’idéal est de les préparer la veille et de les laisser sécher toute une nuit au réfrigérateur, couverts d’un torchon sec (pas de film plastique, pour laisser l’air circuler). Ce séchage est une étape clé que beaucoup négligent à tort : il permet à la galette de riz de se raffermir, ce qui réduit considérablement les risques d’éclatement à la friture et garantit une texture croustillante uniforme.
Étape 6 — Double friture : le secret du croustillant
La double friture est la technique qui fait toute la différence entre un nem mou et un nem croustillant comme au restaurant. Ne sautez pas cette étape.
Première friture :
- Chauffez l’huile dans une casserole haute ou une sauteuse profonde à 175°C. Utilisez un thermomètre de cuisson pour être précis — une huile trop chaude brûle l’extérieur avant que l’intérieur soit cuit, une huile pas assez chaude rend les nems gras et mous.
- Plongez 4 à 5 nems maximum à la fois pour ne pas faire chuter la température de l’huile.
- Faites frire pendant 5 minutes sans trop les manipuler — remuez-les doucement une ou deux fois pour éviter qu’ils ne collent entre eux.
- Sortez-les et égouttez-les sur du papier absorbant ou une grille. Leur couleur sera pâle à ce stade, c’est normal.
- Laissez-les refroidir complètement avant la deuxième friture.
Deuxième friture :
- Replongez les nems refroidis dans l’huile à 175°C.
- Faites frire jusqu’à obtenir une belle couleur dorée et une texture bien croustillante.
- Égouttez à nouveau sur papier absorbant.
Cette technique en deux temps permet d’assurer une cuisson complète à l’intérieur lors de la première friture, puis d’obtenir une croûte parfaitement croustillante lors de la seconde.
Astuce conservation de l’huile : après utilisation, laissez l’huile refroidir complètement, filtrez-la avec un tamis fin pour éliminer les résidus, puis conservez-la dans un bocal en verre au réfrigérateur. Elle peut être réutilisée 2 à 3 fois.
Étape 7 — Dégustation et sauce nuoc mam maison
Les nems vietnamiens se dégustent traditionnellement enroulés dans une feuille de laitue avec des herbes fraîches — menthe fraîche, coriandre, basilic thaï — et trempés dans la sauce nuoc mam (nuoc cham). C’est cette combinaison qui rend le plat si frais et équilibré, malgré la friture.
Sauce nuoc mam maison (nuoc cham) :
| Ingrédient | Quantité |
| Sucre | 2 c. à soupe |
| Sauce poisson (nuoc mam) | 2,5 c. à soupe |
| Jus de citron vert | 3 c. à soupe |
| Eau | 125 ml |
| Ail | 1 gousse hachée |
| Piment rouge | Selon goût |
Préparation : mélangez le sucre, le nuoc mam et le jus de citron vert jusqu’à ce que le sucre soit dissous. Laissez reposer 10 minutes, puis ajoutez l’eau et l’ail haché. Ajoutez le piment à votre convenance. La sauce doit être équilibrée entre le salé, le sucré et l’acidité.
💡 Astuces pour des nems parfaits
Éviter l’éclatement :
- Égouttez et essorez tous les ingrédients humides avec soin (soja, champignons, vermicelles).
- Ne laissez pas d’air emprisonné dans le rouleau.
- Respectez le temps de séchage avant la friture.
- Évitez impérativement les galettes contenant du tapioca.
Éviter que les nems se collent :
- Ne les superposez jamais avant la friture.
- Ne faites pas frire trop de nems à la fois.
- Posez-les sur une grille ou du papier absorbant, espacés.
Contrôler la température :
- Utilisez un thermomètre de cuisine pour maintenir 175°C — c’est l’investissement le plus utile pour la friture maison.
♻️ Congélation
Les nems se congèlent très bien — c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je conseille souvent de doubler les quantités. Congelez-les après la première friture, une fois bien refroidis, en les disposant à plat dans des sachets de congélation (sans qu’ils se touchent). Pour les réchauffer, passez directement à la deuxième friture depuis leur état congelé, ou enfournez-les à 200°C en les retournant régulièrement. Une friteuse sans huile fonctionne aussi très bien pour le réchauffage.

Quelle est la différence entre les nems chinois et vietnamiens ?
C’est l’une des questions que l’on me pose le plus souvent, et la réponse mérite d’être nuancée car les deux sont délicieux — mais vraiment différents.
La galette : riz ou blé ?
C’est la différence la plus fondamentale. Le nem vietnamien (appelé chả giò au sud du Vietnam ou nem rán au nord) est enveloppé dans une galette de riz fine et translucide. À la friture, elle devient incroyablement croustillante, avec une texture légère et aérée, presque craquante. Le rouleau impérial chinois (spring roll ou egg roll) utilise quant à lui une pâte à base de farine de blé, parfois enrichie d’œuf — ce qui lui donne une texture plus épaisse, plus dense et plus moelleuse après cuisson.
La farce : fraîcheur vs umami puissant
La farce vietnamienne est généralement plus légère et parfumée : porc haché, pousses de soja, vermicelles, champignons noirs, coriandre, et nuoc mam pour l’assaisonnement. L’ensemble est fin, bien équilibré, avec une vraie fraîcheur végétale. La farce chinoise est souvent plus dense et umami : porc, crevettes, chou chinois, gingembre, sauce soja, huile de sésame. Les arômes sont plus corsés, plus “rôtis” en bouche.
Le mode de dégustation
Au Vietnam, les nems se dégustent presque toujours enroulés dans une feuille de laitue avec de la menthe, du basilic thaï, des herbes fraîches, et trempés dans le nuoc cham. Ce mode de dégustation crée un équilibre très caractéristique entre le chaud-croustillant et le frais-herbacé. Les rouleaux impériaux chinois sont généralement consommés seuls, trempés dans une sauce aigre-douce ou une sauce pimentée — sans enrobage de salade.
Et les rouleaux de printemps dans tout ça ?
Pour être complet : les rouleaux de printemps (nem cuốn en vietnamien) sont une autre préparation distincte — non frits, servis à température ambiante dans une galette de riz humide avec crevettes, porc, herbes et vermicelles. Rien à voir avec les nems frits, même si les deux utilisent des galettes de riz.